Pourquoi tous les candidats s’en prennent au RSI

C’est l’un des rares sujets sur lequel les prétendants à l’Élysée tombent d’accord : le Régime social des indépendants (RSI) devrait être réformé, voire supprimé, après l’élection. Détestée et décriée de longue date, cette  « Sécu » des commerçants, artisans ou autres professions libérales, joue sa survie face à la pression de l’opinion publique. Un rejet consensuel, mais qui ferait augmenter les cotisations des indépendants.

 

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Le RSI existe depuis le 1er janvier 2013. Photo : D.R.

« Une catastrophe pour les petits salaires, qui a tué un nombre incalculable d’entreprises à cause de ses erreurs administratives. » Dans une colère froide, Philippe Beuscart, le vice-président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) du Nord, évoque le délicat sujet du Régime social des indépendants (RSI).

Rarement un organisme public n’aura concentré autant de critiques depuis sa création (en 2006). Ce que lui reprochent ses détracteurs : des cotisations jugées trop lourdes, un manque de dialogue avec les indépendants, ainsi que des erreurs régulières dans les calculs des cotisations et des retards dans le versement des retraites… Ses déboires remontent à 2008, lorsque le RSI s’est rapproché de l’Urssaf (Union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d’allocations familiales), afin de créer un « interlocuteur unique » pour les indépendants. À la clé : un mariage bâclé, mal préparé, se traduisant par un crash informatique de grande ampleur. Celui-ci causera un grand nombre de pertes d’informations et des anomalies durables dans les bases de données de l’organisme.

Infographie : M-J. DELEPAUL

Depuis, ces anomalies ne cessent de réapparaître par intermittence. Au fil du temps, les erreurs s’accumulent. Lorsqu’elles sont découvertes, des mois ou des années plus tard, « c’est la catastrophe, parce que l’on nous réclame des sommes colossales que l’on ne peut absolument pas débourser », témoigne Sébastien Malcuit, menuisier indépendant dans l’agglomération lilloise. Des dysfonctionnements qui ont même été qualifiés de « catastrophe industrielle », selon un rapport de la Cour des Comptes daté de 2012.

 

 « Les flics du RSI sont des SS qui vous flagellent. On meurt de leurs erreurs et de leurs absurdités »

Aujourd’hui, un sentiment de harcèlement persiste chez les commerçants, artisans ou micro-entrepreneurs, victimes collatérales de réclamations survenant parfois des mois ou des années après les erreurs de calculs constatées. « J’ai déjà vu des gens pleurer, à qui on réclamait 8 000 euros de plus alors qu’ils étaient totalement ruinés », raconte Sébastien Malcuit. Le micro-entrepreneur décrit un dialogue parfois difficile avec la Sécurité sociale.

Et lorsque le RSI pense qu’un cotisant lui doit un nouvel impayé, « les indépendants sont régulièrement menacés par des courriers recommandés des huissiers ». Une situation d’insécurité, qui exaspère les petits patrons. « Les flics du RSI sont des SS qui vous flagellent, avec qui on peut difficilement discuter. On meurt de leurs erreurs et de leurs absurdités », lâche même M. Beuscart. Et ce n’est vraisemblablement pas le centre d’appel du RSI, externalisé depuis 2013 et dont la compétence est très largement remise en cause, qui semble en mesure de renouer un dialogue entre le RSI et adhérents.

Aucun candidat n’ose refuser de le réformer

De leur côté, les responsables du RSI se défendent contre les attaques et ont riposté dans un communiqué publié le 27 février. L’organisme y dénonce le programme de certains candidats (Emmanuel Macron en tête), qui proposent de supprimer le système des indépendants et de l’intégrer dans la « grande » Sécurité sociale générale. Il met en garde contre le risque de hausse des cotisations des indépendants. « Avec le RSI, on cotise moins que les salariés », explique Malik Al-Rachidi, auto-entrepreneur couvert par le RSI depuis deux ans. « On doit quand même le garder même si on est moins couvert, et que pour nos petits salaires, les prélèvements restent trop élevés. »

 

La fronde anti-RSI semble si violente qu’aucun candidat à la présidentielle n’ose refuser a minima de le réformer, voire de le supprimer.

Pourtant, Philippe Beuscart estime nécessaire « de conserver le système, et de l’améliorer. Tout n’est pas à jeter. » Le représentant des Petites et moyennes entreprises (PME) du Nord dénonce des hommes politiques « qui veulent mettre fin au RSI sans comprendre réellement l’intérêt de ce système ». Pour lui, la clé se trouve « dans la diminution des cotisations, et une plus grande souplesse pour s’adapter au statut des indépendants ». Même si d’autres syndicats rêvent de voir le RSI liquidé.

L’influent SDI (Syndicat des Indépendants), par exemple, estime que les indépendants « souhaitent majoritairement quitter leur régime de protection sociale » et « opter pour des statuts moins avantageux ». Poussant le RSI à devenir un des boucs émissaires de cette campagne.

Antoine Laurent

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