Demandez le programme : l’agriculture

Chômage, sécurité, éducation : ce sont les préoccupations majeures des Français à quelques jours de l’élection présidentielle. Et l’agriculture dans tout ça ? Proximité, éthique et qualité : l’alimentation et la production agricole sont pourtant des sujets importants. Parmi les Français, 75% se disent prêts à consommer  « autant que possible des aliments produits à proximité » et 44 % consomment davantage de produits qui assurent un revenu juste aux producteurs.

Coup de projecteur sur les programmes des candidats :

Les quelques propositions de Nathalie Arthaud tournent autour de la lutte contre « l’organisation capitaliste », elle souhaite :

– rendre les terres et les outils aux travailleurs agricoles

François Asselineau désire faire revivre « l’agriculture familiale » à travers :

– la création d’une taxe à l’importation

– l’interdiction des OGM, y compris dans la nourriture animale

– la suppression de la Politique agricole commune (PAC) au profit d’une Politique agricole nationale

– la garantie de prix de vente justes, avec notamment un prix minimum d’achat des productions pour la grande distribution

– les circuits courts

– la garantie des aides alimentaires aux ONG comme Les Restos du Coeur

– une aide aux jeunes agriculteurs pour s’installer et la valorisation des filières professionnelles agricoles

Jacques Cheminade s’alarme de la situation agricole française, et propose ainsi :

– de déclarer l’état d’urgence agricole

– de rétablir les quotas de production et des prix minimum et maximum

– l’organisation d’un marché européen à 7 ou 8 pays

– des négociations directe entre États avec les pays émergents

– de réduire les normes et réglementations écologiques ou climatiques

– d’inciter le secteur public à se tourner vers les producteurs locaux et d’aider les circuits courts

– de suspendre et restructurer les dettes des agriculteurs

Le modèle français est au coeur des propositions de Nicolas Dupont-Aignan. Le candidat de Debout la France propose :

– une exception agricole à l’OMC, sur la même idée que l’exception culturelle, c’est-à-dire une législation permettant de préserver une agriculture « à la française »

– d’interdire les OGM tels qu’ils ont été créés jusqu’ici sans pour autant les interdire totalement

– d’instaurer des prix garantis pour certaines productions

– un étiquetage pour l’origine des pays, avec en plus la création d’un label Fait en France

– d’encourager et aider l’agriculture raisonnable, la transition vers l’agriculture biologique et l’installation des jeunes agriculteurs

– d’inciter les collectivités publiques à se fournir dans des productions biologiques et locales

– de créer un fonds pour les agriculteurs endettés où l’État serait prêteur en dernier ressort

– d’alléger les cotisations sociales agricoles (qui représentent 45 % des revenus professionnels des agriculteurs, ndlr)

– d’assouplir les normes et réglementations écologiques

« C’est la France puissante. » C’est ainsi que François Fillon définit l’agriculture dans son projet. Ses propositions sont les suivantes :

– donner la liberté aux agriculteurs de se regrouper en organisations de producteurs de taille significative, avec des démarches simples, pour mieux défendre leurs marges

– laisser aux agriculteurs la liberté de choisir la forme juridique de leur entreprise en simplifiant la législation

– instaurer un sursis d’imposition lors de la transmission de la PME aux descendants

– rééquilibrer le rapport de négociation entre producteurs, industriels et distributeurs

– soutenir le circuit court via un crédit d’impôt et des prêts d’honneur, c’est à dire sans garantie demandée

– encourager les pays européens à appliquer  systématiquement la « préférence communautaire », c’est à dire commercer entre pays européens

– réduire les charges financières et sociales qui pèsent sur les entreprises agricoles

– favoriser les programmes de recherches et d’innovation concernant les nouvelles biotechnologies et l’agriculture 3.0.

Du côté de Benoît Hamon, les agriculteurs sont au coeur des propositions. Il souhaite :

– sortir l’agriculture de l’OMC et créer une Organisation Mondiale de l’Agriculture

– renégociation pour qu’une partie de la PAC soit consacrée au financement des agriculteurs prêts à adopter le modèle agroécologique   

– pendant les 5 premières années d’installation, exonérer les jeunes agriculteurs de certains impôts et cotisations sociales

– développer les circuits courts et les produits locaux

– revaloriser les pensions et les retraites agricoles

– développer les connaissances à portée du consommateur,  notamment en faisant aboutir la loi sur l’étiquetage

– encourager les agriculteurs à passer au bio avec des formations, des labels, des contrôles renforcés

– que la restauration du secteur public s’adresse à 50% à des producteurs bio, d’ici 2025, principalement dans les cantines scolaires

– instaurer une TVA à taux réduit sur les produits bio

– interdire les OGM, investir dans la recherche pour trouver des solutions alternatives aux pesticides

Jean Lassalle, le berger à l’Élysée, a un programme fort pour les campagnes françaises, « grande cause nationale » :

– allouer un budget de 3 milliards d’euros aux campagnes françaises, budget récupéré sur la PAC

– modifier les modes de rémunérations des agriculteurs : au lieu de s’intéresser aux volumes produits, il s’agirait de rémunérer les personnes, y compris les conjoints d’exploitants

– restaurer des quotas laitiers en bovins, ovins et caprins pour permettre aux producteurs de garder une visibilité sur les prix et sur la production nationale totale

– remettre les coopératives agricoles sous la responsabilité directe des exploitants et développer le financement participatif de l’agriculture fermière

– permettre aux collectivités locales de prendre des mesures de protection du territoire, comme l’interdiction des OGM

– soutenir les échanges internationaux entre agriculteurs

Marine Le Pen veut une « puissance agricole au service d’une alimentation saine. » Il faut selon elle :

– appliquer un patriotisme économique aux produits agricoles français : par la commande publique aux paysans et aux pêcheurs, par le soutien à la fabrication française, et en faisant la promotion de l’exportation des productions françaises

– abandonner la PAC au profit d’une politique agricole française, avec des subventions et des stratégies fixées au niveau national

– favoriser le circuit court, en refusant notamment les traités de libre-échange (TAFTA, CETA, etc.)

– favoriser l’installation des jeunes agriculteurs, en limitant le nombre de normes et en défiscalisant les premières années d’installation

– appliquer le principe de précaution en interdisant les OGM

Pour Emmanuel Macron, l’agriculture française a des atouts, mais le monde agricole est en perte de compétitivité. Pour lutter contre cela, il propose de :

– garantir des « prix justes » pour que les agriculteurs puissent vivre de leur activité, en leur garantissant un poids plus important dans les négociations avec les industriels de l’agro-alimentaire et en leur permettant notamment de toucher le chômage en cas de baisse de leur activité

– améliorer la protection par l’Europe : contre les variations brusques des prix, les catastrophes climatiques, pour un statut identique pour tous les agriculteurs européens

– diversifier l’agriculture : agro-tourisme, rémunération des services environnementaux rendus (entretien des paysages, des alpages etc)

– rendre l’agriculture innovante : par un droit à la formation pour les agriculteurs tout au long de leur vie, développement du numérique et de l’ouverture des données agricoles

– planifier l’élimination progressive des pesticides

– faciliter l’installation des jeunes agriculteurs avec la dotation jeunes agriculteurs pour un prêt d’honneur sans demande de garantie de 50 000 € maximum avec un différé de 2 ans

– D’ici 2022, 50 % des aliments des cantines scolaires ou d’entreprises devront être bio, écologiques ou issus des circuits courts

– Encourager les circuits courts et « la montée en gamme » des produits

Jean-Luc Mélenchon parle d’urgence écologique. Pour lui, il faut « produire mieux pour se nourrir mieux » :

– en développant l’agriculture biologique et la polyculture qui privilégie la culture de plusieurs espèces sur un même espace

– en favorisant l’installation des jeunes agriculteurs : une surface de terres agricoles limitée pour chaque exploitant, un frein à la course à l’agrandissement. L’objectif est de créer 300 000 emplois agricoles, avec des prix permettant de rémunérer correctement les agriculteurs et une modification des conditions de la PAC

– en favorisant le circuit-court : vente directe, transformation des produits à la ferme

– en plafonnant les marges de la grande distribution et en interdisant la vente à perte pour les agriculteurs

– en interdisant les pesticides chimiques

– en généralisant les fermes pédagogiques, qui permettent aux visiteurs de mieux comprendre le travail des agriculteurs

Philippe Poutou croit au bio. Il veut :  

– convertir l’ensemble de l’agriculture française en bio d’ici à 2027

–  développer les circuits-courts, pour la consommation et la transformation, en favorisant les coopératives appartenant aux producteurs. L’objectif est de recréer des commerces de proximité pour permettre à chacun d’acheter à un producteur local

– mettre en place un revenu garanti pour les agriculteurs, qui ne dépende pas des récoltes ou de la production annuelle

– pour lutter contre l’endettement des exploitations agricoles, réduire voire supprimer les dettes contractées auprès des banques

– interdire les OGM

Charlotte Baris