Entreprendre à 23 ans : « la démerde »

Un jeune Lillois de 23 ans a mis en place depuis décembre un atelier de confection de ceintures avec des pneus de vélo. Il veut favoriser l’embauche des personnes en insertion.

Pull vert, jean… et ceinture faite maison. Dans un mois, Hubert Motte concrétisera son projet : vendre des ceintures à base de pneus de vélo. Il a installé son atelier chez lui, dans le quartier du Faubourg de Béthune à Lille. Une vie d’indépendant s’ouvre à lui. Pourtant, ce n’était pas couru d’avance.

Après trois ans d’alternance en école d’ingénieur à l’Institut catholique des arts et métiers (ICAM), un CDI tend les bras à Hubert en décembre 2016. Il travaille alors en CDD comme responsable de développement produit chez Décathlon à Sallanches (Haute-Savoie). Mais Hubert refuse le contrat, qui lui aurait assuré la sécurité de l’emploi. « J’ai toujours adoré concevoir des produits, mais j’ai très vite quitté le magasin. Je n’ai jamais été focus sur quelque chose ; je voulais lancer mon propre projet », explique-t-il. Hubert avait prévu le coup. Il avait mis de l’argent de côté depuis trois ans. En quittant Décathlon, il ne touche plus que le chômage. Quelques centaines d’euros par mois qui, sans ses économies, ne lui permettraient pas de vivre.

Hubert Motte travaille sur une machine à découper, récupérée à Dunkerque. Crédit photo : J. HERENG

 

« La démerde », comme il dit. Cette philosophie, il la puise lors de son dernier semestre d’études en Colombie. Il anime un atelier dans un bidonville de la capitale, Bogota. En marge, il découvre des montagnes de déchets, souvent de pneus usagés. L’idée lui vient de les recycler pour en faire des ceintures. Dans la société de consommation où ils ne sont que « déchets », lui l’écolo veut leur donner une seconde vie. En France, il écume les magasins de vélo pour trouver sa matière première. Pour le matériel, il a récupéré une machine à découper à Dunkerque. « C’est très difficile à trouver, souffle-t-il. C’est un vieil outil que j’ai complètement démonté et réparé, avec quelques pièces trouvées à Paris et d’autres que j’ai fabriquées dans mon atelier. » Les machines à assembler ont été trouvées sur Leboncoin, les gabarits de découpe, chinés dans des magasins spécialisés de la capitale.

La récup’, c’est bien, mais pour faire fructifier son projet, il espère décrocher une bourse. Il a déposé trois candidatures, notamment pour La Fabrique Aviva. Il s’agit d’un concours qui permet de lancer sa propre entreprise, avec un million d’euros à la clé. Il saura fin avril s’il est finaliste. Grâce à ce concours, les médias locaux ont commencé à s’intéresser à lui : La Voix du Nord, France 3… le jeune homme est presque une star locale.

Relancer l’économie sociale et solidaire

Le rêve d’Hubert ? L’économie sociale et solidaire. Il a contacté des entreprises pour se renseigner sur l’insertion sociale. Par exemple, La bouquinerie du Sart à Villeneuve d’Ascq, qui emploie des anciens sans-abri vivant en foyer. Il y aussi Lille-Sud Insertion, qui donne une chance aux personnes défavorisées. Hubert a envie d’embaucher, et il est tombé sur quelques perles rares. À Tourcoing, par exemple une vieille dame, au chômage depuis trois ans et non qualifiée, « extrêmement douée de ses mains pour fabriquer des petits sachets en laine ». Mais Hubert est conscient qu’entre le désir d’embaucher et la réalisation, il y a un gouffre. Il le confesse : « On a beau employer des gens, il faut au moins une rentabilité financière. »

Un des échantillons qui sert de base pour le travail d’Hubert. Crédit photo : J. HERENG

 

Le mois de mai sera pour lui déterminant. Il lancera le site web de son entreprise avec une première série de produits. « Je mettrai une centaine de ceintures à vendre, à 39 euros l’unité. » Il a l’intention de les vendre sur les marchés après avoir étoffé sa gamme : portefeuilles, maroquinerie… Et dès cet été, il vendra ses produits sur les étals du Sud-Ouest pour se faire connaître en dehors de la région.

Une chose est sûre dans cette belle aventure : dans son travail, Hubert ne compte pas ses heures. « Je peux rentrer de soirée à minuit et commencer à travailler aux alentours de 2h du matin. » Mais il a le sourire vissé aux lèvres : « Je suis content, car je fais quelque chose de concret. » Quand on est passionné, les pneus ne sont jamais crevés.

Maxime Hantsch et Jérôme Hereng