Premier job : « potiche »

PTITS QUINQUINS. Le « petit boulot », rarement gratifiant, est souvent un passage obligé des études. Pour Louise, Ludivine et Élodie, ce sera hôtesse d’accueil. Un emploi fondé sur une vision stéréotypée de la féminité : douceur, beauté, délicatesse… ou comme le résume une ancienne hôtesse : « Clairement tu fais la plante verte ! »

« Bonjour messieurs-dames, bienvenue à l’EuroBasket », puis « Au revoir, à bientôt au stade Pierre-Mauroy. » Pendant sept heures, la même rengaine. Perchée sur des talons, Élodie se tient droite, tête haute et mains dans le dos et surtout elle sourit. Une pose enseignée par l’agence. Elle accueille des supporters pour leur indiquer leur loge VIP. L’autre posture qu’on lui a apprise la fait rire : « Pour indiquer un chemin il faut faire deux pas vers ce chemin avec la main tendue et la paume vers le haut. » Élodie a été hôtesse quelques semaines, un emploi trouvé via une agence d’intérim.

Être hôtesse, qu’est ce que c’est ? Sourire, souhaiter la bienvenue, accueillir le public et surtout « bien présenter ». L’été dernier, Ludivine a  « accepté de faire la potiche toute la journée ». « Potiche », un terme aussi employé par Élodie. C’est souvent une première expérience du monde du travail. Un job d’étudiant – ou plutôt d’étudiante. Marine Masset, chargée d’affaire pour l’agence Sovitrat à Lille, assure que les équipes sont mixtes, autant de femmes que d’hommes. Pourtant Élodie, Louise et Ludivine, toutes trois hôtesses, ont constaté que les équipes d’accueil sont majoritairement féminines. A la demande des clients, selon l’agence.

« Il fallait impérativement le Dior rouge 999 »

Être hôtesse, c’est avant tout une question d’apparence. « Votre présentation doit être soignée et irréprochable ! » peut-on lire dans les instructions d’une agence d’intérim. Pour être « irréprochables », les jeunes femmes doivent porter robes, escarpins et collants chair. La coiffure et le maquillage aussi sont contrôlés : fond de teint, mascara et rouge à lèvres rouge. Très important, le rouge à lèvres. Pour Élodie, même la teinte était imposée : « Il fallait impérativement le Dior rouge 999. »

Gif : I. EL KALADI

Plus que les coiffures et les tenues, bien souvent ce sont les physiques qui sont identiques. La première chose qui a été demandée à Élodie quand elle a postulé, c’est sa taille. « Après ce n’était jamais dit clairement mais je fais 1m73 et il y avait très peu de filles plus petites que moi et dans mon groupe de 30 filles, personne ne dépassait le 38/40. » Ludivine, elle, était un peu l’exception, du haut de son 1m57. « J’étais la plus petite de toutes les filles recrutées. Les autres faisaient plus d’1m70. »

Pour elle, c’est à cause de sa taille qu’on ne l’a appelée qu’une fois pour de l’événementiel, toujours pour de l’accueil en entreprise. Marine Masset se défend de recruter sur le physique. « La taille ne rentre pas dans nos critères de recrutement, c’est discriminatoire. » Quant au poids, officiellement, il n’y a pas de restrictions non plus. « Les robes, que l’agence fournit, vont jusqu’à la taille 44. […] Si quelqu’un fait une taille plus grande, on fait faire la robe ».

Un travail de « plante verte »

« Vous êtes à la fois l’image de l’agence sur place mais également l’image du prestataire et de l’événement », indiquent les instructions. Associer l’image d’une marque à l’apparence d’une jeune femme ne semble pas déranger Marine Masset. Elle le justifie simplement : « C’est un métier d’accueil. »

La drague ? « Ça fait partie du jeu, on nous avait prévenues », explique Ludivine. Les trois y ont eu droit, mais pour elles, pas de gestes déplacés. Rien de bien méchant donc, sauf quand ça dérape. « J’ai une collègue qui s’est fait embrasser de force par un supporter alcoolisé [pendant l’EuroBasket] », témoigne Élodie.

Grâce à une rémunération au Smic, à laquelle s’ajoutent la prime de précarité et les heures de nuit mieux payées, Élodie a gagné près de 500 euros en une dizaine de jours. Une rémunération correcte donc, mais aucune régularité. C’est pourquoi, après deux ans, Louise a décidé d’arrêter. Aujourd’hui, elle recherche quelque chose de plus stable : « Y a des fois où je travaille toutes les semaines et d’autres où je travaille une fois dans le mois. » Étudiante dans l’événementiel, elle a pourtant apprécié la découverte de ce domaine. Ludivine et Élodie ne souhaitent pas non plus réitérer l’expérience : « C’était vraiment pas un boulot gratifiant. »


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Inès El Kaladi et Dune Froment