Être transfrontalier français, le bon plan qui l’est de moins en moins

Tous les jours depuis près de trente ans, le Français Olivier Berche, 50 ans, travaille en Flandre belge, dans une entreprise textile. Son principal avantage en tant que navetteur ? Payer ses impôts en France, où ils étaient moins élevés qu’en Belgique. 

Dodo en France et boulot en Belgique. Depuis 28 ans, tous les jours, Olivier Berche navigue entre son domicile (Halluin) et son usine textile de lin (Albert Brille à Wevelgem). Quatorze kilomètres de navette pour un avantage fiscal : Olivier Berche paye ses impôts en France, et non en Belgique. Ce privilège est le résultat d’un accord entre les deux pays, signé en 1964 .

Mais il a été supprimé en 2012 pour les nouveaux embauchés, et le sera à partir de 2033 pour tous les travailleurs transfrontaliers français. « Moi, je suis tranquille jusqu’à ma retraite, dans dix ans », dit le quinquagénaire, soulagé. Ce qui n’est pas le cas de son fils Lilian, 22 ans. Embauché dans la même entreprise après 2012, il verse donc ses impôts en Belgique. Et paie trois fois plus d’impôts que son père.

« Avant, il y avait beaucoup de Français. Maintenant, ils se barrent ! », déplore Olivier Berche. L’usine de Wevelgem est cependant une exception francophone dans une région néerlandophone. Sur treize employés, douze sont Français.

Travail ingrat mais salaire plus gras 

Outre les impôts moins lourds en France, l’atout d’être navetteur pour Olivier Berche comme pour son fils porte sur son salaire. « Pour un travail relativement ingrat, avec du bruit, de la poussière, je trouve que je suis payé correctement, autour de 1 900 euros par mois. » Dans la filiale d’Albert Brille française (dans l’Eure), un ouvrier du lin gagnerait 300 à 400 euros de moins, selon lui. En plus d’un bon salaire, l’ouvrier du textile bénéficie d’un mois et demi de plus de congés payés qu’en France.
Avant la Belgique, le quinquagénaire a passé quatre ans dans le secteur pétrolier, à Lille. Sans hésiter, il préfère le cadre de travail de l’autre côté de la frontière : « En France, je trouve qu’on se tire trop dans les pattes. En Belgique, on s’engueule certes pour des bricoles, mais tout le monde a le droit de discuter. La porte du patron est grande ouverte aux ouvriers ! »

Mais, côté belge comme français, il peste contre les lourdeurs administratives. « Il faut faire sans arrêt les papiers, des deux côtés de la frontière, pour les allocations, les impôts… » On n’a jamais le beurre et l’argent du beurre.

Jérôme Hereng