L’apprentissage, une « voie royale » ?

L’apprentissage a mauvaise presse. Considéré trop souvent comme la voie réservée aux élèves en échec scolaire, il permet pourtant aux étudiants d’obtenir une première expérience du monde du travail et de toucher un salaire fixe. En 2017, les candidats à la présidentielle ont presque tous fait de l’apprentissage la solution miracle au chômage des jeunes. Apprentis et employeurs font part de leur ressenti.

 

Anthony a 23 ans et est apprenti ingénieur en acoustique et vibration, pour la dernière année. Après avoir passé trois ans en apprentissage, il s’en montre très satisfait : « La formation par apprentissage, c’est le top : tu touches un salaire, et tu te formes sur des missions concrètes que tu auras à réaliser dans ta vie professionnelle. »

 

Prendre conscience de la réalité du monde du travail

Pour Jean-Luc (*), chargé de démarcher des entreprises pour un centre d’apprentissage de la région Hauts-de-France, il ne faut pas perdre de temps, ni hésiter à s’investir lorsqu’on a la vocation pour un métier : « Certains préfèrent se casser les pieds à faire un bac + 2 mais derrière, il y a beaucoup d’étudiants qui se reconvertissent et qui perdent des années. »

Romain, menuisier de 24 ans, est du même avis : « J’ai commencé l’apprentissage en BTS, mais j’étais très en retard au niveau pratique par rapport à ceux qui avaient déjà une expérience en entreprise. J’aurais préféré commencer plus tôt, dès mon bac professionnel. » À l’époque, ses professeurs de collège l’avaient convaincu de poursuivre en ce sens. Il assure néanmoins ne pas regretter son parcours.

« L’apprentissage, c’est une super voie pour un jeune motivé, mais il faut que ça reste une vocation. »

 Les apprentis sont nombreux à se dire satisfaits de leur formation. Laurine, 19 ans, apprentie en infographie, partage cet enthousiasme : « C’est bien d’être en entreprise car on se rend davantage compte de la réalité de la demande des clients. » Jean-Luc l’assure : « L’apprentissage, c’est une super voie pour un jeune motivé, mais il faut que ça reste une vocation. »

 

Une culture élitiste qui nuit à l’apprentissage ?

Pourtant, l’apprentissage semble avoir du mal à marquer son territoire en France. En effet, seulement 3,5 % des entreprises hexagonales font appel à des apprentis. Le CFA (Centre de Formation des Apprentis) Académique de Lille, qui regroupe 3 900 apprentis, déplore particulièrement un manque de communication : « L’apprentissage est encore méconnu par beaucoup d’entreprises. De plus, la question de l’âge peut les rebuter. » Lorsque l’on entend parler d’apprentissage, on pense principalement aux métiers de l’hôtellerie ou du bâtiment. Pourtant, comme le souligne le CFA, l’apprentissage englobe de nombreux corps de métiers trop méconnus comme ceux de préparateur en pharmacie ou encore de géomètre.

 L’apprentissage souffre aussi d’une image parfois médiocre. « Lorsqu’un jeune est en échec scolaire, on a tendance à le diriger vers l’apprentissage, ce qui est absurde », regrette le CFA. Jean-Luc partage cet avis : « Apprenti, ça fait celui qui ne sait pas trop quoi faire à l’école, alors qu’au contraire, à vingt ans, tu arrives avec déjà de l’expérience, et c’est plus facile de trouver un emploi derrière. » Selon Anthony, la France entretient une culture élitiste qui favorise les hauts niveaux de diplôme plutôt que des formations professionnalisantes telles que l’apprentissage.

 

« Laisser la place à ceux qui ne rentrent pas dans le système classique »

 

« Les métiers manuels en apprentissage devraient être plus que favorisés. Je pense que les jeunes ont peur du regard des autres justement à cause de cette culture élitiste qui ne laisse pas la place à ceux qui ne rentrent pas dans ce système. Ce sont des choses qui sont en train de changer et qui changeront par la suite », ajoute-t-il. Jean-Luc souligne que les secteurs géographiques où la population est aisée ne sont pas propices à l’apprentissage, qui n’a pas forcément une bonne réputation : « Je m’occupe d’un jeune en équipe de foot, et on se moque de lui parce qu’il est en CAP boulangerie, mais lui n’y fait pas attention, il a déjà un projet professionnel. »

 

Les apprentis, main-d’œuvre bon marché

Autre problème constaté : chez certains employeurs, on pourrait parler d’une « surexploitation » des apprentis. Eddy, 18 ans, fait son bac pro logistique en apprentissage. D’après lui, le manque de personnel dans certaines entreprises pousse les employeurs à confier le travail des salariés aux apprentis, qui touchent pourtant un salaire moindre.

C’est également le problème que pointe Laszlo, 26 ans. Cet ancien ingénieur reconverti dans le journalisme réalise son master en apprentissage dans une rédaction locale. « Ce n’est pas le cas dans ma rédaction, mais on sait très bien qu’il y a des médias avec des armées de stagiaires ou d’apprentis qui font des jobs qui devraient être faits par des journalistes professionnels, et non des étudiants qui ne sont pas encore sortis de l’école. Un stagiaire ou apprenti coûte beaucoup moins cher qu’un salarié “normal“… », constate-t-il.

« J’ai vite déchanté »

Pierrick Montange est plombier, et l’apprentissage l’a déçu : « Je trouvais ça super, j’ai vite déchanté. » Il dépeint un problème de motivation chez les jeunes, dû au fait qu’on envoie des jeunes en échec scolaire, parfois uniquement motivés par l’argent : « Dans une classe de 25, il n’y en a qu’un ou deux qui veulent vraiment faire le métier. » En revanche, pour les adultes en reconversion, l’apprentissage semble bien mieux fonctionner : « Ils sont autonomes en un mois ! » Alors, l’apprentissage, bonne ou mauvaise solution ?


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(*) prénom modifié

Timothée Petitjean et Chloé Simon