Moi, fonctionnaire

La fonction publique en France, c’est plus de 5,5 millions de personnes. Répartis entre les emplois permanents de l’Etat, le milieu hospitalier et les collectivités territoriales, ils représentent 20 % de l’ensemble de la population active. Pour Au charbon, trois d’entre eux livrent leurs inquiétudes et leurs espoirs en pleine campagne présidentielle.


  • Fonction publique d’Etat

Fonctionnaire

Cette année, l’éducation est redevenue le premier poste de dépense de l’Etat, une première depuis l’élection de François Hollande. Qu’adviendra-t-il de la réforme du collège instaurée à la rentrée 2016 et sujette à polémique, à l’issue du scrutin du 7 mai ? Leïla, professeur d’espagnol dans un collège REP+ des Hauts-de-France depuis 2005, évoque ses inquiétudes vis-à-vis de l’avenir de la réforme du collège et du maintien système public.

« On est tous dans l’attente de ce qui va se faire. On est quand même dans une période particulière parce qu’on vient de subir une réforme très controversée, difficile à mettre en place et qui a du mal à passer auprès de la plupart des enseignants. C’est toutes nos méthodes de travail qui ont changé à la rentrée 2016 et qui sont susceptibles d’être bouleversées à nouveau. On attend tous des idées nouvelles de la part des candidats… et il y a vraiment des choses proposées qui semblent absurdes ou irréalisables.  

Pour moi, ce qui importe le plus, c’est le soutien du système public. J’ai du mal à comprendre que l’on mette ses enfants dans le privé, qui crée trop de clivages et ne donne pas sa chance à tout le monde. Ça m’intéresse que Jean-Luc Mélenchon veuille retirer des subventions à l’école privée : je pense que ce n’est pas le rôle de d’Etat.

Je pense que la gauche a perdu pas mal de votes enseignants durant le quinquennat de François Hollande. Mais ça reste un sujet tabou dans mon collège. Par exemple, nous n’avons pas de représentants syndicaux… Et la salle des profs n’est pas vraiment politisée ».

  • Collectivité territoriale

Lorsqu’on évoque des suppressions de postes, c’est l’ennemi public numéro 1. En cause, selon certains candidats, des sureffectifs et un coût trop élevé pour les caisses publiques… Cécile, chargée de mission dette et trésorerie au Conseil Départemental du Pas-de-Calais, observe déjà des mesures d’économie.

« Il y a une baisse des dotations de fonctionnement depuis 2014, ça fait deux-trois ans qu’on fait des mesures d’économie. Par exemple, notre masse salariale a été stabilisée, voire a même légèrement diminué. On a joué sur les contractuels : beaucoup de contrats n’ont pas été renouvelés. Et puis, de nombreux départs à la retraite n’ont pas été remplacés.

Le Pas-de-Calais, un territoire défavorisé marqué par un taux de chômage supérieur à la moyenne, a été aidé par une politique de recours à l’emploi public. Dans les services sociaux, il y a des effectifs importants, ça risque d’être eux les plus touchés par les suppressions de postes.

Moi, j’hésite à voter Benoît Hamon. Je n’ai jamais voté extrême-gauche, et chez Mélenchon il y a des choses qui me dérangent, sur l’Europe et la renégociation des traités, et son petit côté populiste ».

  • Milieu hospitalier

Hélène, 30 ans, est infirmière au CHR de Lille. Depuis 2008, elle tourne entre les services en remplaçant des collègues en congé maternité. À la veille du premier tour, elle ne sait pas pour qui elle va voter et exprime un ras-le-bol général envers les candidats.

« Mon métier, c’est la prise en charge des personnes. Mais de plus en plus, on nous demande d’être toujours plus performants. Résultat, on oublie l’humain et l’hôpital devient une entreprise. Quand je vois François Fillon qui dit qu’en mettant plus de personnel à l’hôpital on va augmenter la dette, j’ai envie de lui dire : « Venez voir la réalité de notre travail ». On ne peut pas mettre un chiffre sur la santé des gens ».


Pour en savoir plus sur les difficultés en milieu hospitalier, lire aussi le témoignage de Marion, infirmière aux urgences dans les Hauts-de-France


Je les vois, toutes ces infirmières qui partent à la retraite et qui ne sont pas remplacées. Pour moi, les candidats sont tous pareils, même ceux qui disent qu’ils vont augmenter les effectifs. J’ai surtout l’impression qu’ils sont centrés sur la dette, l’Europe, etc. La vie des gens, ça ne les intéresse pas.

Au niveau de l’hôpital, les avis sont disparates. Certains n’osent pas trop l’avouer mais vont voter Front National, ils disent vouloir changer, essayer autre chose. Moi je ne sais pas, mais je vais peut-être voter pour un petit candidat pour qu’il puisse rembourser sa campagne ».

Pauline Porro, Marième Soumaré et Victor Zammit


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