Entreprises cherchent salariés désespérément

C’est la préoccupation numéro 1 des Français : le chômage. Étonnamment, des postes restent à pourvoir dans la restauration ou les métiers de l’informatique. Les entreprises l’expliquent surtout par le manque de qualification des postulants. 

 

Au restaurant L’Gaïette à Lille, la valse des serveurs  

Nicolas Vue tient un estaminet au centre de Lille depuis sept ans. Cette saison, il a peiné à trouver le(la) serveur(se) idéale (« dégourdi(e), aimable, organisé(e) »). Photo : Jérôme HERENG.

Quelle situation ? Dans le restaurant LGaïette, rue Masséna à Lillele patron Nicolas Vue peine à recruter des serveurs pour des CDD de plusieurs mois. Depuis septembre, les embauches se font en dents de scie : une jeune fille pendant trois semaines en septembre, un serveur trois jours en octobre et Juliette depuis mars. Entre ces périodes, rien. Le gérant a dû assurer le service avec son unique serveur. 

Pourquoi n’arrive-t-il pas à recruter ? Ce n’est pas que les demandes manquent : dix CV reçus en novembre, une vingtaine en février-mars. Mais, souvent, les compétences ne collent pas. « Dans ma petite structure, explique-t-il, je ne peux pas me permettre de former une personne pendant une semaine. Il faut au moins une petite expérience, même d’une semaine comme Juliette. » Et l’indépendant avoue : « Je peux faire quelques entretiens, passer des coups de fil, mais je n’ai pas que ça à faire ! »

Pourquoi le métier n’attire-t-il pas ? Dans la restauration depuis sept ans, Nicolas Vue annonce la couleur : « L’image du serveur s’est dégradée auprès des jeunes. C’est un métier ingrat, où les clients vous rabaissent parfois, où il faut ravaler sa fierté et rester aimable. » Il s’appuie aussi sur le manque de motivation des candidats. « De moins en moins d’entre eux veulent travailler avec des horaires décalés, avec des salaires qu’ils ne trouvent pas en accord avec cette situation », constate-t-il. Le patron de l’estaminet se trouve ainsi en sandwich entre deux secteurs de la restauration. D’un côté, les grands restaurants, où les serveurs formés en école hôtelière migrent pour les salaires plus rondelets. De l’autre, les jeunes qui préfèrent travailler dans les chaînes comme McDonald’s, aux horaires plus cadrés. Son espoir ? Prolonger sa serveuse Juliette après la fin de son CDD en juin.

 

A Cylande à Roubaix, 30 postes d’informaticiens vacants

Nicolas Flandrin est architecte de systèmes d’information chez Cylande. Un poste à responsabilités qu’il a obtenu après huit ans d’ancienneté dans l’entreprise. Photo : Maxime HANTSCH.

 

Quel genre de postes cherche-il ? Pour les néophytes, le nom de cette entreprise est sibyllin. Cylande est pourtant le leader français d’édition de logiciels de vente (retail), de la boulangerie de quartier à des chaînes de magasins comme Darty. Pour cette année, la boîte roubaisienne planifie une trentaine de recrutements de développeurs (pour construire les logiciels), chefs de projet (pour la relation avec le client) ou des chargés d’exploitation (pour surveiller les serveurs). « Nous recherchons aussi des personnes dans des secteurs qui n’existaient pas il y a dix ans, comme l’exploitation des données ou le hot line [dépannage par téléphone] », ajoute Nicolas Flandrin, architecte de systèmes d’information à Cylande. 

Pourquoi les recrutements sont-ils à la peine ? Principale raison : face à des offres d’emploi pléthoriques, les personnes aux profils qualifiés (Bac + 3, + 5) sont rares. Mais l’informaticien de Cylande concède : « Notre problème est que notre technologie n’est pas très connue sur le marché. On réfléchit comment être plus attractifs. » Car la célébrité, en informatique, va aux jeux vidéos. Et quand les potentiels talents sont nés avec une console de jeux dans les mains… C’est pourquoi, mi-avril, quarante-six candidats ont été invités à rencontrer des pontes de Cylande lors d’une soirée. Et, début mars, l’entreprise a organisé une journée portes ouvertes. « Ce sont comme des rendez-vous de recrutement, éclaire-t-il, mais en plus convivial, autour d’un café. »   

Quelles sont les conséquences de la faible demande ? Le chemin classique du recrutement est inversé : ce sont les recruteurs qui contactent les candidats (et non l’inverse), voire dépêchent les perles directement dans les écoles d’ingénieurs. Mieux, il est fréquent qu’une entreprise aille voir un profil chez son concurrent pour lui proposer un poste ou une perspective de carrière plus alléchants. Ainsi, un développeur qui rentre chez Cylande commence autour de 2 100 € mensuels. Mais, avec l’ancienneté, il peut devenir architecte de systèmes d’information comme Nicolas Flandrin, et espérer gagner 3 500 € par mois. « C’est un peu la loi de la jungle », image-t-il. Et la loi du plus malin.

Jérôme Hereng et Maxime Hantsch