Fonctionnaire dans les collectivités territoriales : une espèce menacée ?

Une potentielle zone de turbulences s’annonce à l’horizon pour les collectivités territoriales. Conjugués aux feux nourris dont les fonctionnaires sont la cible de la part de plusieurs candidats à l’élection présidentielle, les effectifs des collectivités territoriales sont en première ligne des politiques de rigueur que certains appellent de leurs vœux. Les fonctionnaires des collectivités des Hauts-de-France, eux, se préparent à la cure d’amincissement.


« Il y en a assez de ce fonctionnaire-bashing ». La protestation d’Alexis Corbière, porte-parole de Jean-Luc Mélenchon, au micro de RMC, illustre la passion suscitée par le nombre des fonctionnaires dans le débat public. Un sujet largement relayé par la presse, comme en témoigne cet article de l’Obs paru en 2014, analysant que « depuis 30 ans, les effectifs et les dépenses gonflent, sans amélioration pour l’usager. [..] Aucun gouvernement n’est parvenu à juguler la croissance d’une administration territoriale qui compte désormais 1,9 million d’agents et engloutit 12 % du PIB. »

« La fonte des effectifs a débuté »

Cécile est attachée territoriale dans le département du Pas-de-Calais depuis trois ans : « Le Pas-de-Calais est un département défavorisé où le taux de chômage est bien supérieur à la moyenne nationale [13,1% contre 9,7%]. Pour aider le territoire, il y a eu une politique de recours à l’emploi public et jusqu’à présent, la masse salariale du département augmentait un peu chaque année. Depuis un an, la fonte des effectifs a débuté. »


Pour en savoir plus sur les inquiétudes des fonctionnaires : lire le témoignage complet de professeur, d’infirmière et d’agent de collectivité territoriale dans les Hauts-de-France


 

En 2015, Nicolas Sarkozy déclarait à la Gazette des communes : « il faut d’abord s’attaquer résolument à ce qui pèse le plus lourd dans le budget de l’État et des collectivités locales : le nombre de nos fonctionnaires, car ce seul poste de dépenses représente 45 % du budget national et 60 % de celui des collectivités ». Mais pour Cécile, ce pourcentage reflète mal les disparités des effectifs d’un département à l’autre. « En vertu du principe de libre administration, chaque département a sa politique de ressources humaines. Les effectifs du Pas-de-Calais sont le fruit d’un contexte social. On ne peut pas comparer un département à un autre », explique-t-elle.

 Un constat partagé par une agente de la région Hauts-de-France : « Parler de manière générale des collectivités territoriales n’a aucun sens. Par exemple, dans certains services techniques, il y a trop de monde depuis la fusion des régions. Il y a du sur-effectif et certains rééquilibrages à faire. Mais ce constat doit être ciblé, fait au cas par cas.»

 Les contractuels, une variable d’ajustement

« Pour réduire la masse salariale, les ressources humaines ont joué sur le non renouvellement des contractuels et l’absence de remplacement des départs à la retraite » détaille l’attachée territoriale du Pas-de-Calais.

Impossible à ce jour de connaître précisément l’impact de potentielles baisses d’effectif dans les collectivités des Hauts-de-France. Au Conseil départemental des Hauts-de-France, « rien n’est officiel, que des bruits de couloirs. Mais on évoque une réduction des fonctionnaires dans les services sociaux administratifs (gestion du RSA, aide sociales, etc) et les services des ressources humaines. »

 

Pauline Porro, Marième Soumaré et Victor Zammit