Emplois aidés : ça aide qui ?

C’était une promesse phare du candidat Hollande. « Créer 150 000 emplois d’avenir, en priorité dans les quartiers populaires ». Promesse tenue. Fin 2014, 155 000 jeunes avaient bénéficié de cette nouvelle mesure, complémentaire des emplois aidés traditionnels.  Mais loin de ne concerner que la classe populaire, le dispositif semble avoir aussi bénéficié aux nouveaux arrivants sur le marché du travail, quel que soit leur milieu social.

 

« Vous n’êtes pas éligible au dispositif, mais on va s’arranger. » C’est la réponse pour le moins surprenante d’une conseillère Pôle emploi à Lucile*, alors qu’elle lui présente son problème. Elle sort d’un entretien d’embauche concluant, mais découvre qu’elle ne peut pas postuler au poste qu’on lui propose.
Pour obtenir ce CDD d’un an auprès d’une association spécialisée dans l’accompagnement en Responsabilité sociale des entreprises (RSE), elle ne rentre dans aucune case : senior, handicapé, chômeur depuis neuf mois ou habitant un quartier prioritaire de la politique de la ville (QPV).

« La conseillère Pôle emploi m’a clairement demandé de mentir, de trouver un copain qui habite un quartier difficile pour utiliser sa boîte aux lettres. » (Lucile, 24 ans)

À 24 ans, cette Lilloise fraîchement diplômée d’un master en politique du développement durable habite chez ses parents, dans un quartier « carrément bourgeois ». Pas vraiment le profil donc, la loi concernant exclusivement des personnes « sans emploi rencontrant des difficultés particulières d’accès à l’emploi (sociales et/ou professionnelles)».« C’était la première offre à laquelle je répondais. Je commençais à peine à chercher ! »
 
Lucile, 24 ans. Photo : N. PIGNÈDE

 
 La conseillère Pôle emploi lui propose alors une solution simple : changer d’adresse. « Elle m’a clairement demandé de mentir, de trouver un copain qui habite un quartier difficile pour utiliser sa boîte aux lettres. » Quelques coups de fil et un statut Facebook plus tard, Lucile trouve finalement une connaissance qui accepte de recevoir son courrier. À peine inscrite et aussitôt rayée, « tout bénef’ pour Pôle emploi ». Et lorsque Lucile questionne sa conseillère sur cette pratique, elle lui répond que son but est de lutter contre le chômage. « Et c’est vrai que pour trouver un trilingue, Bac +4/5 en développement durable dans un quartier sensible, bon courage !»
 
 
« À la base ces postes devraient être occupés par de vrais salariés »


Principales bénéficiaires des contrats aidés (un dispositif d’aide à l’insertion, dans le secteur associatif principalement, censé favoriser des jeunes peu qualifiés, avec un salaire payé majoritairement par l’État), les associations recrutent ainsi de nouveaux employés, malgré le manque de trésorerie. « Mon emploi n’est pas rentable, mais si on considère que la RSE est bénéfique pour la société, l’aide de l’État est justifiée puisque mon job participe à l’intérêt général », explique Lucile.
 
Elisa, 29 ans. Photo : V. MORRONE

Consciente de la précarité financière des organisations à but non lucratif, Elisa Borrione, Italienne de 29 ans en contrat aidé dans une association d’aide aux personnes démunies à Paris, a joué cartes sur table lors de son entretien d’embauche. « Ils cherchaient des services civiques, mais comme j’avais plus de 25 ans je n’entrais pas dans ce cadre. »

« C’est un peu frustrant. À la base, ces postes devraient être occupés par de vrais salariés. Là c’est des jeunes sous payés qui font un vrai job. » (Elisa, 29 ans).

Demandeuse d’emploi depuis un an, elle se sait éligible au contrat aidé. « Même principe, c’est l’État qui paye. » Son salaire est pris en charge à hauteur de 75 %. « J’aime beaucoup l’association et c’est très dur de trouver des fonds, mais c’est clair que c’est un peu frustrant. À la base, ces postes devraient être occupés par de vrais salariés. Là c’est des jeunes sous payés qui font un vrai job. Mais malgré ça, c’est une super opportunité.» À la recherche d’une mission humanitaire à l’étranger, elle a conscience que ces nouvelles lignes dans son CV comptent beaucoup. « Quand les gens voient où je bosse, ça leur plaît beaucoup. »


 

Une expérience formatrice

Alexandre Savaete, Dunkerquois de 28 ans, bénéficiait depuis 2014 d’un emploi aidé dans une radio associative. Après un bac +3, ce technicien-monteur, bénévole au sein de cette radio, cherche un moyen de continuer son activité de manière rémunérée avec les responsables de l’association. Comme la station manque d’argent, ils lui proposent, par le biais de Pôle emploi, de lui créer un emploi aidé. « On a cherché les critères et sélectionné le contrat adapté. »
Alexandre, 28 ans. Photo : A. MONNEAU

 
Domicilié dans un quartier populaire de Dunkerque, il est éligible au CAE. « Je n’ai même pas eu à mettre les pieds à Pôle emploi.» Une procédure éclair qui lui permet de passer trois ans au sein de l’association, rémunérée majoritairement par l’État. « Au bout des trois ans renouvelables, on m’a proposé un CDI, mais j’ai préféré laisser ma place. Grâce à cette expérience, j’ai pu me constituer un réseau et acquérir des compétences qui m’aideront dans ma carrière professionnelle. »
 
 

*Le prénom a été changé.

 

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