La transition énergétique passe aussi par le numérique

Camille Thiriez, 30 ans, a conçu un logiciel qui fonctionne comme un pilote automatique d’énergie pour une moindre consommation de l’électricité dans les bâtiments.  

 

Camille Thiriez fait partie de ces jeunes entrepreneurs qui ne réfléchissent que par le numérique et à sa capacité à impulser un nouveau modèle de société.  C’est donc peine perdue de lui demander « si numérique va avec transition énergétique ou écologique ». La réponse est bien évidemment oui. « Nous sommes à l’interstice des deux. Et le numérique impulse plein de transitions dont la transition énergétique ».

 
Camille Thiriez a créé Effipilot. Photo : H. BOKO

 

C’est dans l’un des restaurants du parc d’activités de l’incubateur Euratechnologies que ce patron de 30 ans, à la tête d’un des fleurons de la french tech lilloise et française, Effipilot, nous a donné rendez-vous. Sa start-up spécialisée dans l’efficacité énergétique attire aujourd’hui l’attention des investisseurs. Il y a deux mois, il a levé un million d’euros de la part de Noria et Nord France Amorçage pour poursuivre son développement. Cela porte à deux millions d’euros la totalité du montant levé par la boîte depuis sa création en 2011.

« C’est un peu comme un pilote automatique d’avion » 

Effipilot c’est d’abord une innovation technologique, un logiciel qui permet le pilotage automatique d’énergie. Un ensemble d’outils connectés au système de chauffage, de ventilation ou de climatisation des bâtiments tertiaires (bureaux, magasins, hôpitaux…) qui collectent un maximum de données pour une gestion optimale de la consommation électrique. De manière terre à terre, « c’est un peu comme un pilote automatique d’avion. Vous lui dites quel est le niveau de confort que vous voulez atteindre. Je veux qu’il fasse 21° de telle heure à telle heure. Le logiciel lui, a à sa disposition toutes les données du bâtiment auxquelles s’ajoute la météo prévisionnelle. Et donc il règle tous les jours le bâtiment pour qu’il consomme le moins d’énergie possible », explique Camille Thiriez.  La solution permet de réduire de l’ordre de 20 % la consommation de l’énergie dans les bâtiments.

 

Développement durable

L’aventure commence en 2011 à la sortie de l’École centrale de Lille comme ingénieur généraliste. C’est en faisant ses stages sur des maisons passives (maisons qui ne consomment pas de l’énergie) en Belgique que l’idée vient à Camille Thiriez de développer une technologie pour l’efficacité énergétique. « L’école centrale de Lille est une école assez généraliste. Et on peut partir dans beaucoup de directions différentes à la sortie. J’ai été formé sur des outils de simulation dynamique. En plus j’avais une aspiration à faire un métier dans la thématique du développement durable au sens large », explique le jeune ingénieur.

À l’époque, « la question de la transition énergétique
était moins présente qu’aujourd’hui. Mais cela m’a interpellé »

Ses premiers soutiens ? Euratechnologies et les subventions de Lille Métropole Initiative. Aujourd’hui ces soutiens sont devenus des clients, comme Total Development ou Bpi France. Le marché de l’efficacité énergétique grandit et se structure actuellement en France. Selon l’Agence Internationale de l’énergie, il pèse mondialement  plus de 310 milliards de dollars. « En France, il y a des parts de marché à prendre. Nous sommes actuellement dans une phase de développement commercial. On a pris pas mal de temps à chercher comment mettre notre solution sur le marché, à qui s’adresser, avec quel prix et quels argumentaires. Là, on est dans une phase de croissance », se réjouit Camille.

 

Près d’un million d’emplois à créer pour assurer la transition énergétique

Peu disert sur le chiffres d’affaires de la boîte, Camille Thiriez a aujourd’hui dix collaborateurs. Dans le secteur de la transition énergétique liée au numérique, l’emploi reste une vraie problématique. Le nouveau modèle de société appelle à des compétences nouvelles. Selon l’Ademe, la transition énergétique pourrait générer d’ici 2050, un peu moins d’un million d’emplois, que cela soit dans les énergies renouvelables ou la rénovation énergétique de bâtiments. À Effipilot, qui a un pied dans le bâtiment et un autre dans l’informatique, les profils sont variés. Mais une question demeure. « On a des profils très informaticien et des profils très bâtiment. Mais la particularité, explique Camille Thiriez, c’est que nous cherchons des profils qui ont un peu des deux. Cela va être plus des informaticiens qu’on va essayer d’acculturer à l’énergie. Ou des électriciens qui ont une culture informatique. Ce ne sont pas des métiers nouveaux. Il faut juste qu’on les fasse évoluer pour répondre aux spécificités de l’entreprise et des marchés auxquels elle s’adresse ».

« Quand on embauche quelqu’un aujourd’hui,
on ne sait pas ce qu’il va faire dans cinq ans 
»

D’où aussi la question de la formation. « Il n’y a pas à remettre en cause fondamentalement l’enseignement dans les écoles et universités. Mais la notion d’agilité doit y être importante. Les entreprises, les marchés évoluent très vite. Quand on embauche quelqu’un aujourd’hui, on ne sait pas ce qu’il va faire dans cinq ans. On a besoin qu’il soit souple, qu’il puisse s’adapter et acquérir de nouvelles compétences », répond l’ingénieur qui reconnaît qu’il existe une pénurie de profils dans le secteur informatique.

Hermann Boko et Ran Wei