Le placement de produits, gagne-pain des Youtubeurs

Comment les YouTubeurs gagnent-ils de l’argent ? De plus en plus de jeunes se lancent dans l’aventure vidéo sur Internet. À la chasse aux clics, aux followers, pour une visibilité accrue. À la clef, le placement de produits, leur principale source de revenus. Rencontre avec Monsieur Alex, un YouTubeur nordiste.

 

« Mon emploi du temps s’emballe ! » Attablé dans un café à la gare Lille Flandres, Alex part à Paris dans la matinée. « J’ai beaucoup plus de rendez-vous avec mon agence, je suis invité à des conférences. » Depuis quelques mois, ce Douaisien est focalisé sur son travail de YouTubeur. Une situation inattendue qui le ravit.

Un juriste sur YouTube

Au départ, Alexandre Sallio n’était pas prédestiné au succès 2.0. Né dans la région de Douai, il y a 25 ans, il suit une scolarité tout ce qu’il y a de plus classique jusqu’à son bac ES. Il quitte alors le cocon familial, direction Lille pour des études de droit. C’est là qu’il découvre le théâtre.

« J’étais en Licence 3 et j’ai pris des cours de théâtre pour me libérer, avec la compagnie ”Rue mots courts et jardins” ». Le début d’une passion. L’année suivante, le jeune comédien s’inscrit au conservatoire de Roubaix. « C’était plus facile d’y rentrer qu’à Lille », explique-t-il hilare. Un an de cours de théâtre intensif alors qu’il débute son master de droit… Mais Alexandre s’accroche.

C’est à ce moment-là qu’il commence ses vidéos sur YouTube. « J’étais dans une agence en ligne et ils m’ont proposé de faire les Web Comedy Awards sur W9 », une émission qui récompensait les meilleurs YouTubeurs. « C’est là que j’en ai rencontré quelques-uns et que je me suis dit que c’était vraiment cool ce qu’ils faisaient. Auparavant, je n’étais pas du tout YouTube », témoigne-t-il.

Sa première vidéo est mise en ligne en février 2015, alors qu’il finit son master de droit et qu’il continue à prendre des cours de théâtre aux ateliers de Sudden à Paris. Ce fut loin d’être la plus facile : « Il faut acheter le matériel, écrire… Il faut aussi sauter le pas, ne pas avoir peur du jugement des autres. » Au départ, l’idée est simplement de prendre du plaisir. En 2015, celui qu’on appelle Monsieur Alex sur la plateforme de vidéo ne publie que quatre vidéos, à peine plus l’année suivante. « En parallèle, j’ai passé mon Bafa. J’encadrais des colonies de vacances, des classes découvertes… ». Il est loin d’imaginer que ses vidéos peuvent générer de l’argent.

Monsieur Alex continue son ascension fulgurante sur les réseaux sociaux. Photo : M. LANGE

 « Influenceurs » et échange de bons procédés

Après un article dans 20 minutes en juillet, Monsieur Alex voit sa cote grimper sur les réseaux sociaux. « J’ai fait dans la foulée une vidéo pour un site étudiant ; c’est là que tout a commencé. » Une agence parisienne lui ouvre ses portes. Le YouTubeur travaille avec Reech, qui met en relation les marques et les humoristes du Net.« Je ne discute jamais avec la marque directement, c’est un certain confort », confirme-t-il.

D’autres agences spécialisées dans le placement de produits, comme Hivency, offrent quant à elle des « goodies » à Monsieur Alex afin qu’il les montre discrètement dans ses vidéos : « Demain, je vais dîner dans un restaurant de bagels à Valenciennes, où j’ai beaucoup d’abonnés Instagram. Hivency m’invite au restaurant, je n’ai qu’à poster une photo sur mon compte comme rétribution. »

« Pour un placement dans une vidéo YouTube, je touche entre 300 et 500 euros » (Monsieur Alex)

Les entreprises sont désormais de plus en plus à la recherche de personnes jugées « influentes » sur Internet – comprendre, des personnes suivies par de nombreux abonnés sur les réseaux sociaux – afin de lancer leur marque grâce au placement de produits. Et cela peut être n’importe qui, qu’on ait étendu notre réseau d’influence sur Twitter, sur Facebook ou sur Instagram. « À partir de 10 000 followers sur Snapchat, les entreprises peuvent offrir des restaurants, des week-ends ou encore des voyages ! », s’enthousiasme ainsi le YouTubeur.

 

Cela devient rapidement sa principale source de revenus. Avec ses quelque 45 000 abonnés sur Facebook et ses 8 000 abonnés sur YouTube, Monsieur Alex ne joue pas dans la même cour que les grandes stars du web comme Norman ou EnjoyPhoenix, dont les rétributions pour le placement de produits sont « proprement hallucinantes ».

Il n’empêche que les sommes qu’il touche ont largement de quoi faire rêver toute personne peinant à atteindre l’équilibre budgétaire. « Pour un placement dans une vidéo YouTube, je touche entre 300 et 500 euros ». Une simple photo Instagram peut rapporter jusqu’à 150 euros. En tournant en moyenne trois vidéos par semaine, Monsieur Alex vit désormais de son activité sur YouTube.

Money money monétisation

Monsieur Alex se réjouit de la liberté dont il jouit quant à la façon de placer le produit. Quelques secondes dans une vidéo, une petite blague, et le tour est joué. « Cela n’influe pas vraiment sur le fond, ce qui me rassure. » Du Crédit Agricole à Pringles, la gamme des marques intéressées est très large.

Pour autant, sa façon d’écrire ses vidéos est fortement influencée par cet impératif de grimper en popularité et d’avoir toujours plus de « vues » : il a ainsi abandonné le  sketch, « ça prend du temps à écrire, et c’est moins vendeur », pour le « vlog » (ndlr : contraction entre vidéo et blog), qui cartonne actuellement sur YouTube. Les YouTubeurs racontent des événements de leur vie, leurs vacances. Ils laissent libre cours à leur imagination, et ça plait.

Les acteurs, « il y a un côté où ils se prennent au sérieux. Avec YouTube, j’ai une liberté totale » (Monsieur Alex)

Pour le moment, YouTube est en position de quasi-monopole en ce qui concerne les vidéos sur Internet. Mais Monsieur Alex mise énormément sur Snapchat et Facebook, en plein boom depuis l’année dernière : « Selon moi, l’avenir c’est les vidéos sur Facebook, j’attends avec impatience qu’ils les monétisent. » Sur YouTube, la monétisation (nldr : rétribution au clic pour chaque vue sur la vidéo) n’est pas suffisante à ses yeux : « J’ai gagné deux cent dollars depuis le début, c’est dérisoire ».

Parenthèse enchantée

Aujourd’hui, Alex a oublié son rêve de théâtre – sur les planches, la concurrence est beaucoup plus rude et les chances de percer beaucoup plus incertaines que sur la toile. « Je ne suis plus vraiment intéressé par la carrière d’acteur. Il y a un côté où ils se prennent au sérieux. Avec YouTube, j’ai une liberté totale », affirme-t-il.

Pour le moment, il profite de ce qu’il considère comme une vie sans contrainte – bien que ses vidéos lui prennent énormément de temps.  Une envie de faire du saut en parachute ? Monsieur Alex contacte des entreprises, leur propose de leur faire de la pub grâce à ses 45 000 abonnés et le tour est joué. Son succès sur YouTube lui offre en somme une sorte de parenthèse enchantée, qu’il envisage de prolonger encore pendant quatre ou cinq ans avant de revenir vers une voie professionnelle plus traditionnelle : son rêve a toujours été de devenir instituteur.


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Gabrielle Trottmann, Martin Lange, Stanislas Meltzheim