Au secours, les robots arrivent ?

CREUSER L’INFO. Doit-on avoir peur des robots pour nos emplois ? Les avis et les chiffres divergent. Une étude de deux chercheurs américains, parue en 2013, avait eu un grand retentissement : selon leurs calculs, « 47 % des emplois aux États-Unis présentent de grands risques de devenir automatisables d’ici une ou deux décennies. » Mais selon une étude de l’OCDE parue en 2016, la robotisation ne menacerait finalement que 9 % des emplois au sein des 21 pays de l’OCDE. Alors que le phénomène est déjà en marche, il est compliqué d’extraire des chiffres précis pour le quantifier.

 

Suppression peut-être pas, mais transformation certainement

Pour le moment, on ne peut pas parler de disparition massive d’emplois. Les robots ont déjà commencé à s’immiscer dans le monde du travail : le phénomène prend de l’ampleur depuis plusieurs décennies, au fil des innovations techniques.

La France est déjà assez avancée dans la robotisation de certains secteurs. On compte 126 robots industriels pour 10 000 employés dans l’industrie manufacturière et 1004 robots pour 10 000 employés dans l’industrie automobile, selon la Fédération internationale de la robotique. Le Conseil d’orientation pour l’emploi avance le chiffre de 1,49 million d’emplois qui seraient « très exposés » à une disparition.

Chez nos confrères d’Alternatives Economiques, Christophe Degryse, chercheur à l’Institut syndical européen, tient à nuancer la question de la robotisation. Selon lui, ses effets dépendent de la stratégie que la société adopte. « Si elle s’organise autour de ces nouvelles technologies de telle sorte qu’elle ne peut s’en passer pour travailler, se déplacer, se nourrir, alors on pourra alors parler a posteriori d’une révolution industrielle. »

Comment faire face à la robotisation de l’emploi ?

La plupart des études s’accordent à dire que les premiers touchés seront les emplois les moins qualifiés. Selon l’OCDE, le risque d’automatisation atteindrait 40 % pour les travailleurs les moins instruits, alors qu’il serait inférieur à 5 % pour les diplômés de l’université. Dans le secteur du BTP par exemple, l’arrivée de l’imprimante 3D va bouleverser l’organisation de la main d’oeuvre. Une entreprise chinoise a déjà réalisé une villa entière grâce à cette technologie et annonce une baisse des coûts de la main d’œuvre de 50 à 80 %. En France, la start-up Construction 3D espère sa première livraison client à la fin de l’année.

Mais les employés les plus qualifiés ont aussi du souci à se faire. Les traders sont d’ores et déjà remplaçables par des logiciels : la tentation est grande de remplacer les employés les plus coûteux par des robots ou des programmes.

Alors, comment gérer tous ces employés qui passeraient à temps partiel ou perdraient leur travail ? Une des solutions avancées est le partage du temps de travail. L’économiste Robert Skidelsky propose de réduire la semaine de travail à dix heures, sans diminution de salaire. Les gains générés par la productivité des robots permettraient de rémunérer les salariés. C’était l’idée du candidat PS à l’élection présidentielle Benoît Hamon et de sa fameuse « taxe robot ». Accouplée au revenu de base, cette solution au manque de travail peut se concevoir comme une suite logique au fordisme : avec la robotisation et la réduction de leur temps de travail, les employés ne gagneront plus assez pour pouvoir se payer les produits qu’ils produisent. Il faudrait donc que l’État leur permette de vivre décemment pour qu’ils puissent ainsi avoir un pouvoir d’achat correct.

Une autre conception de la société, qui pourrait accompagner la troisième révolution économique, celle du numérique. Pour l’instant, rassurez-vous : il y a certains domaines où les robots ne sont pas encore capables de remplacer les humains : les blagues à la machine à café.


Retrouvez également notre article sur l’imprimante 3D


   Caroline Pain et Iris Ouedraogo