L’imprimante 3D, « arme de construction massive »

À Valenciennes, une jeune start-up a pour projet de construire des maisons à l’aide d’une imprimante 3D, en seulement une journée. Cette innovation technique permettrait de pallier les problèmes de logement à travers le monde et plus particulièrement dans les pays en développement.

 

« Une maison, une machine, 24 heures. » Cette formule magique, c’est la nouvelle recette du BTP selon Antoine Motte. Entrepreneur de 33 ans, il est à la tête de la première entreprise française qui rêve de construire des maisons grâce à une imprimante 3D. En action, cette machine géante imprime sur 18 mètres de diamètre grâce à son bras articulé qui peut atteindre 20 mètres de haut. Une araignée articulée tourne en coulant du béton afin de créer des couches qui vont s’agglomérer entre elles et former un mur résistant.

 

 

« Les machines sont là pour nous servir, pas l’inverse. »

Ils sont 5 employés dans cette petite start-up installée au coeur de la Serre Numérique de Valenciennes, dans le Nord. Si ces machines se multiplient, on peut imaginer à terme des chantiers sans ouvriers.

Interrogé sur la possible pénurie d’emplois si son initiative se développe, Antoine Motte réplique : « Il y a 1,5 milliard de personnes sans maison dans le monde sans que quelqu’un ne s’en émeuve, ça ne vous empêche pas de dormir et moi non plus. » Selon lui, avec l’avènement de l’imprimante 3D dans le BTP,  « il n’y aura plus de tâches pénibles à effectuer. » L’entrepreneur développe une autre vision du travail : « Les machines sont là pour nous servir, pas l’inverse. » L’objectif à terme est que Construction 3D devienne une association et que son savoir-faire soit transmis à des organismes non lucratifs en « open source. » C’est dans la même veine qu’il a construit son projet, en additionnant lectures et découvertes. C’est par exemple aux Philippines, pays d’origine de son épouse, qu’il s’est retrouvé confronté au défi urgent du logement pour les plus démunis.

 

L’imprimante qui va « révolutionner » le bâtiment

L’ingénieur a fondé son projet sur trois piliers : imprimer la maison sur le site même – « pas de transport », utiliser des matériaux en cycles courts – « nous devons pouvoir nous adapter à tous les sites, argile, terre, tant que le matériau est pompable » – et respecter le biomimétisme : s’inspirer des formes du vivant. Les maisons seront réalisées en reprenant le travail de l’architecte Nader Khalili, qui a conçu des maisons écologiques de forme arrondie. « L’idée c’est d’automatiser son travail. La forme traditionnelle de nos maisons occidentales n’existe pas dans la nature. » Autre source d’inspiration : les Dogons du Mali, un modèle pour celui qui souhaite adapter l’habitat le plus fidèlement possible à l’environnement.

« On prendra une voie plus calme que les autres avec nos valeurs. Nous nous développons lentement mais sûrement » affirme Antoine Motte. « Les autres », c’est la concurrence : une entreprise chinoise qui a déjà construit plusieurs bâtiments à l’aide d’une imprimante 3D. Loin des préoccupations écologiques d’Antoine Motte, elle utilise du béton et a déjà réalisé des maisons dans le Golfe Persique.

 

Photos : Constructions 3D

 

« Je suis un patron mélenchoniste ! »

Dans son bureau, quelques livres trônent sur une petite étagère. Antoine Motte les feuillette les uns après les autres. Un philosophe de la troisième révolution industrielle, des paysages et des villages maliens, et enfin, celui auquel il tient le plus : La France insoumise, le programme de Jean-Luc Mélenchon. « Je suis vraiment déçu [des résultats du premier tour de l’élection présidentielle] ! Je suis un patron mélenchoniste, moi. » À priori, en tant que chef d’entreprise, il n’est pourtant pas le coeur de cible du candidat. « Si on avait appliqué le programme de Mélenchon, j’aurais dû payer l’ISF [Impôt sur la fortune], ça ne m’aurait pas avantagé du tout. Mais j’ai envie de penser au commun, à l’intérêt de tous. »

Un penchant politique qui illustre le revirement qu’il a pris après huit ans dans des grandes entreprises de BTP. « J’ai travaillé chez Bouygues et Vinci, c’est vraiment pas gérable. C’est un monde de requins, il faut avoir les dents longues. »

Après la naissance de son troisième enfant, Antoine Motte se rapproche d’un ancien camarade d’école d’ingénieur et ils décident de créer Machines 3D en 2014. À rebours de la structure pyramidale des grandes entreprises, le trentenaire a voulu créer une entreprise dite « libérée ». « Il n’y a pas de hiérarchie », martèle Antoine Motte. « On se fait confiance, chacun retrouve sa dignité et peut ainsi prendre ses propres responsabilités. »


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Photo : C. PAIN

Le choix de s’implanter à Valenciennes n’était pas un hasard. « C’est génial d’être au sein de la Serre Numérique, on a 800 étudiants qui gravitent autour de nous, d’autres start-ups… » Et c’est aussi idéal d’être proche d’un canal pour faciliter les importations et exportations. C’est grâce au succès de Machine 3D et à la croissance de 50 % de chiffre d’affaire chaque année qu’ils ont pu donner naissance à Construction 3D.

Les premiers tests en situation réelle ont été réalisés mi-avril. La première maison devrait être livrée à la fin de l’année 2017. « La prochaine fois qu’on se verra, vous verrez, on en aura fait 10 000 ! » conclut Antoine Motte.

Caroline Pain et Iris Ouedraogo