Syndicats : la France à la traîne

Dans l’Union européenne, la France est la lanterne rouge de la syndicalisation, avec l’Estonie et la Lituanie. Le faible pouvoir de nos syndicats par rapport aux pays du nord de l’Europe explique cette désaffection. 

 

 

1. Scandinavie et Belgique : la toute-puissance du syndicat

Dans cette partie de l’Europe, appartenir à un syndicat est obligatoire pour bénéficier des accords qu’il signe, toucher les assurances chômage ou maladie. En Suède, le comité d’entreprise (CE) n’a donc aucune utilité. Représentatif, le syndicat se charge aussi d’organiser des séjours à prix cassés. En Belgique, adhérer à un syndicat ouvre droit à des primes annuelles (de l’ordre de 116 € par an en 2012) ou à des aides sociales complémentaires en cas de mariage. Rien d’étonnant dès lors que plus d’un salarié sur deux soit syndiqué dans ce pays ! Mais, comme partout en Europe, avec le déclin de l’activité industrielle, leur poids s’érode : de 80 % en 1999, les syndiqués suédois ne représentent par exemple « plus que » 68 % des salariés.

 

2. Allemagne, Italie, Grande-Bretagne : d’égal à égal avec le patronat

Le taux de syndicalisation est moins élevé que dans les pays précédemment cités (de 17 à 37 %), mais leur existence est prégnante. Les adhérents financent les organisations syndicales à hauteur de 80 %, ce qui leur garantit une autonomie et une puissance financière. Les syndicats et les patrons ont le même poids dans la balance : en Allemagne, « le syndicalisme prend et partage des responsabilités, alors qu’en France les syndicats sont essentiellement revendicatifs et contestataires », souligne dans Atlantico René Lasserre, le directeur du Centre de formation et de recherche sur l’Allemagne contemporaine (CIRAC).

 

3. France et Europe de l’Est : le syndicalisme engagé

La France ne brille pas par son taux de syndicalisation : à peine 7 %. Seules l’Estonie et la Lituanie font pire ! Contrairement à tous les pays déjà cités, le syndicalisme français est peu orienté sur la proposition de services. Dans notre pays, l’État s’occupe des assurances chômage ou maladie, les entreprises distribuent les avantages à leurs salariés. Le syndicat est davantage synonyme d’engagement, qu’il soit individuel ou collectif. Sans être adhérents, tous les salariés français récoltent les fruits des accords négociés par les syndicats. Inimaginable en Suède ! Et puis, le nombre de voix aux élections professionnelles est l’unique critère de représentativité en France. Alors que, en Allemagne, un syndicat ne peut pas être représentatif s’il ne possède pas un nombre de membres suffisant. 

En Europe de l’Est, les taux de syndicalisation oscillent entre 10 et 20 %, inférieurs à la moyenne européenne (23%). Dans les pays baltes, trop libéraux ou trop communistes, les organisations syndicales attirent peu les travailleurs. 


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Jérôme Hereng