Burn out, mode d’emploi

Ils sont 3 millions en France à souffrir du burn out, c’est-à-dire d’épuisement professionnel… ou 30 000, si l’on en croit l’Institut de veille sanitaire (InVS). Des chiffres imprécis qui témoignent de la difficulté à appréhender ce syndrome qui à ce jour n’est pas reconnu comme maladie professionnelle.

 

Stress ? Fatigue extrême ? Anxiété ? Si ces symptômes vous touchent, vous pourriez bien souffrir du burn out. Le terme apparaît pour la première fois en 1974 dans les travaux du psychiatre américain Freudenberger pour décrire l’épuisement au travail de professionnels de l’aide et du soin. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) le définit comme « un sentiment de fatigue intense, de perte de contrôle et d’incapacité à aboutir à des résultats concrets au travail ». Une situation qui peut conduire à une « érosion » de « l’engagement », des « sentiments » et de « l’adéquation entre le poste et le travailleur (vécue comme une crise personnelle) », précise encore le ministère du Travail.

Le burn out, « un sentiment de fatigue intense, de perte de contrôle et d’incapacité à aboutir à des résultats concrets au travail » (Organisation mondiale de la Santé)

Les causes du burn-out sont multiples. Mais selon le cabinet spécialisé dans la santé et la sécurité au travail, cette maladie toucherait davantage des personnes perfectionnistes, soucieuses de leur image, qui privilégient leur travail à leur vie privée. La souffrance est telle que la personne victime de burn out enchaîne les arrêts de travail.


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La 99ème maladie professionnelle en France

Le burn out ne figure pas encore dans le tableau des maladies professionnelles. En 2015, la loi Rebsamen sur le dialogue social a estimé que la possibilité de reconnaître des pathologies psychiques comme maladie « d’origine professionnelle » relevait de la compétence du comité régional de reconnaissance de maladies professionnelles. Le salarié doit alors prouver que sa maladie est causée par son travail habituel. Autrement dit, ces comités font du cas par cas. Un seuil de 25 % de taux d’incapacité permanente est requis.

Le burn out, une « maladie du stress » (Association France Burn out)

Si le décret du 7 juin 2016 facilite la reconnaissance d’une affection psychique en maladie professionnelle en proposant le recours à un médecin psychiatre à tous les stades du processus, l’Association France Burn out déplore que le burn out soit associé aux pathologies psychiques. Selon elle, il s’agit avant tout d’une « maladie du stress ».

Le 15 février dernier, la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale a rendu son rapport visant à densifier le dispositif de lutte contre le burn out et à le faire reconnaître comme maladie professionnelle. Cette mission parlementaire propose de créer une agence nationale de la santé psychique au travail. Si la recommandation aboutit, le burn out deviendra la 99ème maladie professionnelle en France.

 

Emmanuel Macron souhaite une « indemnisation »

Serpent de mer des débats parlementaires, la reconnaissance du burn out comme maladie professionnelle s’est invitée dans l’élection présidentielle à travers le programme de Benoît Hamon, qui avait déposé une proposition de loi en ce sens en 2016. L’ex-candidat socialiste juge insuffisant le dispositif actuel.

Quant aux deux candidats encore en lice, difficile de trouver dans leurs programmes une solution au burn out. Sur le site du candidat d’En Marche !, le burn out fait partie des « cinq défis majeurs » du système de santé : ainsi, les salariés au bord du burn out pourront être indemnisés en cas de démission. Exit la reconnaissance de ce syndrome comme maladie professionnelle. Même son de cloche pour la candidate du Front national, dont le programme sur la santé n’évoque pas une fois le terme burn out ou épuisement professionnel.


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Emeline Cocq