La double vie des rugbywomen

 

Rugbywoman de haut niveau et entrepreneuse : Laura Di Muzio, capitaine du club de Villeneuve-d’Ascq, porte une double casquette. Contrairement aux joueurs de  rugby masculin, la capitaine expérimentée ne vit pas de son sport. Des galères propres au rugby féminin, qu’elle tente de modifier grâce à son entreprise qu’elle a créée il y a tout juste un an.

 

Le leadership de Laura Di Muzio ne date pas d’hier, elle qui est capitaine du LMRCV depuis six ans.

 

Carrure imposante, air malicieux et sourire aux lèvres… Sur le bord du terrain de rugby du Stadium Lille Métropole, Laura Di Muzio est dans son élément. « La vie sans rugby serait bien fade », déclare-t-elle dans un soupir.  

À 27 ans, la capitaine de l’équipe de Villeneuve-d’Ascq a derrière elle une carrière impressionnante. D’abord repérée par la fédération de rugby à VII chez les moins de 18 ans et les moins de 20 ans, elle a disputé de nombreux matchs à l’international sous les couleurs de l’équipe de France. Dubaï, Hong Kong, Las Vegas… les voyages ont été nombreux. C’est actuellement au sein du club villeneuvois du LMRCV, vice-champion de France, que Laura s’épanouit. Pourtant, tout comme ses coéquipières, elle ne touche aucune rémunération. « Les femmes ne vivent pas du rugby ! », dit-elle avec dépit.

 

Freins à la performance

« Les problématiques du rugby féminin sont complètement différentes du sport masculin, professionnalisé depuis 1995. Nous sommes complètement amatrices, on ne vient pas sur le terrain pour gagner de l’argent », affirme-t-elle. Ce qui explique que toutes les joueuses du LMRCV exercent un métier en parallèle. Ostéopathe, kinésithérapeute, éducatrice ou étudiante, elles ont toutes choisi de mener une double vie. Au contraire, dans le rugby masculin,  les joueurs peuvent faire carrière à plein temps dans leur sport et préparer leur reconversion professionnelle une fois la retraite sportive annoncée. 

 

Infographie : M-J Delepaul

Laura, entrepreneuse, est bien placée pour le savoir. « J’ai toujours concilié rugby et études. Mes parents étaient clairs : fais ce que tu aimes, mais n’oublie pas l’école », se souvient-elle. Un rythme parfois difficile à suivre. « Il m’arrivait parfois de m’endormir en cours. Cumuler les deux, c’était parfois dur ! » Aujourd’hui, elle et ses coéquipières connaissent la version adulte du problème : cumuler un boulot et le rugby est un frein à la performance. « Quand on rate des examens pour un gros match, qu’on ne va pas en sélection à cause de nos études ou qu’on est obligé d’enchaîner des petits boulots le soir pour subvenir à nos besoins… il est difficile de rester performant. »

 

« Ladies are Just Amazing »

Des difficultés auxquelles Laura a décidé de pallier grâce à la création de son entreprise, « LJA Sports », cofondée il y a un an avec Alexandra Pertus, co-capitaine du LMRCV et Jannick Jarry, entrepreneur. Le nom de la jeune entreprise, composé des initiales des trois fondateurs, n’a qu’un but : montrer que les femmes sont extraordinaires et qu’il faut œuvrer pour le sport féminin. « Ladies are Just Amazing », dit le slogan. « Ça nous saoulait, de voir aussi peu d’émulation autour de notre sport et aussi peu de personnes aux matchs. Dès que nous avions du temps, nous faisions vivre notre club en répondant aux journalistes, en étant sur les réseaux sociaux etc. Jannick a vu tout ça… il nous a proposé de structurer notre activité. Alexandra et moi, on a suivi naturellement », raconte Laura. « On souhaite simplifier notre mode de vie. »

 

 

Mêlant compétences acquises à l’école de commerce la Skema et engagement, Laura adopte avec ses acolytes trois stratégies : rallier des joueuses à haut potentiel comme Romane et Marine Menager ou Shannon Izar, assurer cinq à six conférences par mois dans les entreprises et enfin convaincre les sponsors d’investir. 

Cette dernière étape est clé pour bouger les lignes du rugby féminin. « On démontre aux sponsors qu’ils ne prennent aucun risque à miser sur nous. Nos matchs sont retransmis sur Canal + et Eurosport, ils peuvent s’assurer une visibilité pour 3000 euros contre une somme dix fois plus élevée pour un match masculin sur les mêmes chaînes », argumente-t-elle. 

 

Faire connaître le rugby féminin dans le monde du travail

La jeunesse de l’entreprise ne permet pas encore de mesurer les effets du travail accompli pour le moment. Ce qui est sûr, c’est que « LJA Sports » multiplie les interventions en entreprise pour véhiculer les valeurs de l’Ovalie dans un premier temps. « On se concentre d’abord sur le rugby, car nous avons du réseau dans ce domaine et que cela nous tient à cœur ». L’initiative plait. Preuve en est, au début du mois, « LJA Sports » a réunit 1000 personnes de la société Sopra Steria, spécialisée en services numériques, au stade Pierre Mauroy. « On leur démontre qu’on peut utiliser le sport dans leur boîte. » Doucement, mais sûrement, Laura tente de changer les mentalités. « Les six premiers mois ont été difficiles, mais on est content de s’être lancé ! »


Manon Cruz