Puéricultrice, un métier de mec ?

 

Le métier d’auxiliaire puéricultrice(teur) existera tant qu’il y aura des enfants à mettre au monde. Mais cette spécialité des infirmiers et sage-femmes est exercée à 99% par des femmes. Alors, où sont les hommes ?

Samuel Brulin, 42 ans, travaille au service de soins intensifs des nouveaux-nés au Centre Hospitalier Régional Universitaire (CHRU) de Lille. Avant de répondre aux premières questions, ses collègues plaisantent : « Prends ta voix d’homme, vas- y ! » Le ton est donné. Le puériculteur se dévoile : « J’ai commencé à travailler ici en 1998. Je suis sorti d’une école belge : le système français est très sélectif et écarte des personnes qui pourraient faire de très bons infirmiers. Quand je suis arrivé dans le service, on m’a mis en remplacement en réanimation néonatale. Je voulais aller chez les adultes mais je n’ai pas vraiment eu le choix..! Pour autant, je n’avais pas d’a priori. »

« Tiens, vous êtes le seul homme ici »
Bienvenu dans un univers de femmes. « Dès mon arrivée il y avait une bonne ambiance et surtout beaucoup de femmes. J’ai été formé par elles. Travailler dans un monde de femmes ça a ses avantages et ses inconvénients. L’humour de mec n’est pas toujours capté par tout le monde mais je ne suis pas malheureux entouré de 60 femmes. En général on est bichonné, chouchouté, mes collègues sont super ! » Du côté des patients, tout roule aussi. « Aux niveaux des familles, les retours sont surtout “ Tiens, vous êtes le seul homme ici ” ou “ Vous avez de la chance vous êtes entourés de femme ! ”. Ils voient très bien comment je fonctionne et en dix ans je n’ai jamais eu de retour négatif. Un homme ça peut être aussi doux qu’une femme, il y a des femmes plus brusques que moi ! »

19 563 femmes sur 19 834 puériculteurs
En France, en 2016, on recense 19 834 infirmiers spécialisés en puériculture : parmi eux, 271 hommes et 19 563 femmes. La balance penche clairement… D’ailleurs, généralement, pas de place pour le doute. Les fiches explicatives du métier d’auxiliaire de puériculture sont destinées aux femmes et prennent des femmes pour exemple. Les témoignages sont aussi presque exclusivement féminins. Quant aux qualités demandées, on retrouve la douceur, la patience, le goût du contact, l’écoute… Pas exactement ce qu’on associerait conventionnellement à la virilité.

« Ici on les accueille bien, ils se sentent bien ! » 

Christelle Knapen, 40 ans, est infirmière puéricultrice aux côtés de Samuel au CHRU. Dans ce service, les hommes se font rares. « Il a quelques puériculteurs dans cet hôpital. Ils se dirigent le plus souvent vers le service de réanimation infantile ou dans la pédiatrie conventionnelle. Au service néonatal il y a seulement 1 homme sur 60 infirmiers au total. Peut-être que l’image du métier est trop féminine », détaille-t-elle. « Ici en tout cas on les accueille bien, ils se sentent bien ! Avec les patientes par contre, c’est tout ou rien. Des fois les femmes sont assez pudiques et ne sont pas emballées, d’autres femmes sont en revanche ravies d’avoir des hommes, ça ne les gêne pas ou ça les surprend ! »

« Peut-être que l’image du métier est trop féminine »
Bernadette Miroux, directrice de l’École de Puéricultrices IF santé de l’Université Catholique de Lille explique : « il y a un homme sur vingt élèves tous les deux ans. Ils sont bien intégrés mais sont très peu ». La raison ? « Ce n’est pas l’image habituelle des hommes de materner. Ils se tournent plutôt vers les métiers techniques, les opérations, les anesthésies. »
Pourtant, à l’origine de la profession se trouve un homme : le Professeur Lelong. Il a été précurseur dans le développement des soins aux prématurés.

Romane Gerno