Le monde de la finance selon les banquiers

En 2012, François Hollande a déclaré que son adversaire était la finance. En 2017, Emmanuel Macron, un ancien banquier, pourrait bientôt devenir le président du pays. Qu’est la réalité du métier selon les “insiders” ? Nous avons rencontré deux banquiers au meeting du candidat d’En Marche.

 

« Un “jour type” au travail, ça n’existe pas », assène Ciryl Julien, PDG de Seignelay Advisors, une société financière qui offre des conseils d’investissement stratégique. Il dort 5 heures par jour et il récupère du temps de sommeil quand il a «15 minutes de libre. » « Nous sommes complètement adaptés aux besoins des clients et agissons rapidement, décisivement et exclusivement avec les “decision makers” pour ne pas perdre du temps. »
Originaire d’Alès, le cinquantenaire travaille dans la finance depuis les années 90, d’abord aux États-Unis où il a fait ses études, puis à Londres dans des banques privées et d’affaires. Il est installé aujourd’hui à Paris et travaille pour des investisseurs étrangers qui « portent des milliards de dollars. » Ses collaborateurs : « des conseillers seniors qui ont des décennies d’expérience exécutive dans des industries françaises comme le luxe ou l’hôtellerie haut de gamme. »

 

« Marine Le Pen n’a aucune idée du travail d’un banquier d’affaires. C’est aider les entreprises à grandir », Ciryl Julien.

La finance, c’est un monde où la confidentialité est primordiale : noms des clients, nombre de collaborateurs, projets en cours, prix, tout reste discret. C’est aussi un monde hanté par sa mauvaise image. « Une réglementation est nécessaire. Sans elle, la finance n’est qu’un jeu », juge Ciryl Julien. Il déplore le fait que les employés de hedge funds veulent seulement remplir leurs poches.
Face aux accusations de « mondialiste », il répond avec des « actions locales » : « J’essaye de convaincre les investisseurs étrangers d’investir massivement en France. Je voudrais voir la prochaine entreprise de milliards de dollars naître en France et créer des centaines de milliers d’emplois. »
Pour lui, la croissance économique et l’égalité sociale ne sont pas contradictoires : « Les emplois, c’est la seule solution d’élever le niveau de vie des gens et créer des espérances. »

«Une industrie plus surveillée que la nourriture pour les enfants. »

La crise de 2008 a sans doute contribué à largement détériorer la mauvaise image de la finance. « Des banques américaines comme Goldman Sachs ont adopté des pratiques douteuses, des banques privées ont été sauvées par l’État avec de l’argent public. Mais la réalité est beaucoup plus nuancée et compliquée», estime un chargé de clientèle d’une grande banque de commerce française.
Travaillant dans la banque depuis 10 ans, il souhaite rester anonyme. Nous l’appellerons Claude. Selon lui, son travail concerne le financement de l’économie réelle et les problèmes quotidiens des entreprises et particuliers, « rien à voir avec certains fantasmes de ce métier. »

« Il n’y a pas seulement des vilains. »

« Les Français sont souvent satisfaits avec leurs propres banquiers, pourtant ils assimilent souvent la banque aux paradis fiscaux ou l’évasion fiscale », déclare-t-il. Selon lui, l’intensification de la réglementation et les efforts internationaux sur la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme ont fait que les pratiques des années 2000 sont aujourd’hui impossibles. « C’est une industrie plus surveillée que la nourriture pour les enfants. »
Sans donner de chiffre, Claude déclare qu’il est payé « correctement ». Un salaire de banquier de commerce qui n’a rien avoir avec le revenu d’un banquier d’affaires, comme Emmanuel Macron. Mais il valorise « la possibilité de contribuer directement à la croissance de l’économie et une influence dans la société » : « Peu de métiers peuvent jouer un rôle si crucial à part dans le milieu associatif ou la politique. »
« Il n’y a pas seulement des vilains, comme dans certains films hollywoodiens, mais aussi des bons, comme Emmanuel Macron par exemple »,  juge Ciryl Julien.

 

La politique et la finance : « C’est la même chose »

Comme Claude, Ciryl Julien se sent totalement en phase avec le programme d’Emmanuel Macron : pour lui, la mondialisation est une bonne chose, « bien sûr, il y a des effets négatifs, comme tous les progrès humains. »
Depuis janvier, il s’est d’ailleurs investi dans la campagne du candidat. Il dort maintenant 2 ou 3 heures par jour. Cela va peut-être continuer après l’élection, car il est désormais candidat à l’investiture d’En Marche ! sur la 4e circonscription du Gard.
« J’adore construire des relations sur le long terme, des concepts et des stratégies. C’est pour ça que j’aime la finance et la politique. Pour moi, c’est la même chose : il s’agit de proposer des solutions innovantes. »

Xiaohan Shi