Les chercheurs d’or nouvelle génération

Matthieu Leveque a trouvé le bon filon, en créant une auto-entreprise de recyclage de déchets électroniques, revendus en Belgique. Là-bas, ils sont fondus en lingots d’or.

 

Matthieu Leveque dans son entrepôt de stockage.

« Je débarrasse gratuitement les maisons, les caves et les entreprises », explique Matthieu Leveque, auto-entrepreneur. Ses pépites, ce sont les déchets de métaux ferreux ou non ferreux mais surtout les déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE). Il les revend au poids à une société à Anvers en Belgique qui les recyclent en lingots d’or.

 Ce roi de la récup’ de 35 ans a trouvé le bon filon. Il est parti d’un constat simple : d’un côté, les gisements de minerais comme l’or, l’argent, le platine s’épuisent à grande vitesse. De l’autre, les pièces informatiques comme les cartes-mères, les cartes graphiques ou les barrettes de Ram contiennent quelques grammes de ces métaux précieux. Eureka ! Cet ancien commercial quitte tout pour la ruée vers l’or. En 2013, il crée une auto-entreprise baptisée bureau Recykl à Villeneuve d’Asq.

La ruée vers l’or

« Je voulais me mettre à mon compte et j’en avais marre de travailler pour quelqu’un », affirme-t-il. Pourquoi avoir fait le choix de la vente de déchets électroniques?  « Je cherchais une activité avec laquelle je pouvais rendre service et qui ne demandait pas beaucoup d’investissement au début. J’ai entendu parler de cette filière. Je me suis renseigné. Et puis il ne fallait qu’un fourgon pour se déplacer et récupérer les déchets. » En plus de l’aspect économique – Matthieu n’achète pas les métaux pour les revendre puisque leur récupération se fait gratuitement -, c’est aussi la protection de l’environnement qui l’a motivé.

Le secteur du recyclage de matériels informatiques se développe de plus en plus en Europe. De moins en moins d’appareils informatiques usagés sont donc envoyés en Afrique, même si le continent reste perçu comme la poubelle de l’Europe. Ils sont récupérés, démantelés pour l’extraction des métaux précieux qu’ils contiennent (or, argent, platine, palladium, terre rare). ces derniers seront réutilisés dans l’industrie, l’informatique ou la bijouterie.

« Le recyclage de métaux, c’est devenu un effet de mode »

Mais la France est encore en retard dans ce secteur en comparaison à la Belgique, aux Pays-Bas ou à l’Allemagne. « Sur les questions liées à l’écologie ou l’environnement la France est toujours en retard sur ses voisins », estime l’auto-entrepreneur.  Mais le marché est en plein boom. En France plus de 1 300 petites et moyennes entreprises sont aujourd’hui dans le secteur, regroupés au sein de la Fédération des entreprises du recyclage. Dans les Hauts-de-France, quelques grands groupes comme Galloo, Covanord ou Derichebourg spécialisés dans la collecte des métaux sont déjà implantés depuis plusieurs années.

Infographie : H. BOKO

Quand Matthieu a commencé, en 2013, il faisait un peu cavalier seul. Depuis, « le recyclage de métaux, c’est devenu un effet de mode », et les auto-entreprises se sont multipliées.

Matthieu a décidé de vendre ses déchets collectés en Belgique où les prix de revente sont très attractifs et où il existe une vraie compétence. Les prix varient selon les métaux et les pièces informatiques (voir infographie). Des sommes très importantes mais, observe Matthieu, « les pièces vendues ne pèsent pas lourd en réalité. Réunir une tonne ne se fait pas si facilement ». Il affirme qu’il arrive à bien vivre de son activité avec un salaire net entre 30 000 et 35 000 euros annuel. Il pense dans un avenir proche quitter son statut de micro-entreprise et créer une vraie société avec son frère qui vient de terminer ses études et pourquoi pas employer deux ou trois personnes. Le recyclage, s’il évolue, est une niche à embauche surtout pour les cas sociaux.  Selon un rapport de l’Institut de l’économie circulaire, le secteur pourrait générer 440 000 emplois d’ici 2030.

Hermann Boko et Ran Wei