Les femmes ont leur réseau

 

Dans le Nord, les réseaux de femmes cheffes d’entreprises se développent. Réponse à un besoin de solidarité féminine dans un monde à majorité masculine. « Réseau Exponentielles » créée il y a six ans, est l’un deux. Il œuvre pour la valorisation de l’entreprenariat féminin à travers la solidarité et le partage.

Un bel homme dans un costume trois pièces, dents d’une blancheur éclatante et montre de luxe au poignet. Un homme sûr de lui, fier, carriériste, qui ne compte pas ses heures de travail. Voilà l’image qui se dessine lorsque l’on entend le terme « chef d’entreprise ». Mais ce statut se conjugue aussi au féminin. En 2012, elles étaient seulement 900 000 à la tête d’une entreprise en France (contre 1 800 000 pour les hommes). « Deux arguments peuvent expliquer que les femmes créent moins d’entreprises que les hommes, analyse Ahmed Bariz, spécialisé en conseil aux entreprises. La première est l’autocensure. Les femmes ont l’impression de ne pas correspondre au profil. L’autre raison est structurelle. Ce sont surtout elles qui gèrent les tâches ménagères et l’éducation des enfants. Le partage n’est pas équitable. L’évolution est en cours, mais il faut du temps pour changer les mentalités. »

Effectifs des femmes et des hommes indépendants et dirigeants salariés d’entreprise en 2012. Source : Insee

 

S’entraider pour mieux créer

Florence Duytschaever, 49 ans, fait partie de celles qui se sont lancées dans l’aventure de l’entreprenariat. En 2009, elle a décidé de créer sa propre entreprise, Flodesign. Son activité se développe, et la créatrice textile et ameublement ressent un besoin, celui d’aider les femmes qui, comme elles, ont franchi ou souhaitent franchir le cap de l’entreprenariat. Dans ce but, elle décide de créer « Réseau Exponentielles », association qui promeut le métier de cheffe d’entreprise et permet à ses membres de mutualiser leurs contacts. Se faire un réseau est moins naturel pour les femmes. Il faut aller à des vernissages, des pots, à tous les événements qui ont lieux en dehors des heures de bureaux. Pour celles qui ont des enfants, c’est très compliqué », commente Florence Duytschaever, qui a attendu d’avoir un noyau fort de six entrepreneuses avant de créer son association.

Florence Duytschaever est aussi co-gérante du concept 43, qui offre la possibilité aux créatrices de vendre leur produit sur un point de vente fixe. Photo : A. MONNEAU

 

Faire partie d’un réseau, c’est aussi donner plus de chance à un projet d’aboutir : « Les femmes qui hésitent à se lancer peuvent bénéficier des conseils et du soutien de celles qui ont déjà développé leur entreprise. Une personne qui a été aidée renvoie plus facilement l’ascenseur par la suite », explique Ahmed Bariz, qui voit la mise en relation comme de la « discrimination positive ».

 « C’est important de côtoyer des gens qui ont les mêmes préoccupations que toi, qui te comprennent et peuvent t’aider. » (Sylvie Watrelos)

Plus qu’un simple échange de contacts, le « réseautage », est avant tout une lutte contre la solitude et l’enfermement. C’est une des raisons qui a poussé Sylvie Watrelos, conseillère en gestion d’entreprise, à rejoindre « Réseau Exponentielles » il y a cinq ans : « Quand on créé son entreprise, on travaille souvent de chez soi. Rejoindre « Exponentielles » m’a permis de sortir de ma routine et de rencontrer de nouvelles personnes. C’est important de côtoyer des gens qui ont les mêmes préoccupations que toi, qui te comprennent et peuvent t’aider. »

 

Pour Sylvie Watrelos, devenir cheffe d’entreprise était la suite logique de sa carrière professionnelle. Elle a ainsi créé son entreprise SWConseil il y a cinq ans. Photo : A. MONNEAU

 

L’humain avant tout

Le « Réseau Exponentielles » s’investit sur le terrain. « Nous ne faisons pas juste de la mise en relation, nous organisons des événements, avec des marchés, des défilés de mode, des expositions photos », témoigne-t-elle. Une mise en valeur des productions qui s’est développé avec l’ouverture du Concept 43, espace de coworking initié par l’association. Cet espace dispose d’un « point de vente fixe qui offre aux adhérentes la possibilité de vendre leurs créations sans avoir besoin d’être présentes ».

Légende : Les créatrices exposent leurs productions dans la boutique du Concept 43. Ici, les bijoux de Sandra. Elle a créé son son entreprise Un air de Sandba en 2012. Photo : A. MONNEAU

Ce qui plaît  à Yannick Meersseman, gérante de l’entreprise Louna et Lorenzo, c’est de pouvoir rendre service et d’être dans le concret : « Sur Facebook, certaines de mes publications sont vues par plus de 600 personnes, j’ai des « j’aime », mais derrière, personne n’achète. A l’inverse, sur les marchés ou à la boutique, je peux proposer discuter avec les clients, bénéficier du bouche-à-oreille et échanger des bons plans avec mes collègues. La communication humaine est bien plus efficace. »

« Les femmes ont besoins de parler, de mettre des mots sur leurs maux, de se soutenir. » (Ahmed Bariz)

« Réseau Exponentielles », compte aujourd’hui une cinquantaine d’adhérentes, « de tous les profils, de tous les âges, ce qui apporte beaucoup de richesse. On découvre des histoires, des pays, des cultures, c’est enrichissant », souligne Florence Duytschaever. Pour Ahmed Bariz, qui a contribué à « Initiatives plurielles », association aujourd’hui fermée, l’importance de l’existence de réseaux exclusivement féminins se trouve dans l’honnêteté des relations : « Lorsqu’un réseau est mixte, tout le monde s’invente un personnage, les relations sont faussées. Les hommes font les fiers, ne montrent pas leur faiblesse, ils ont tendance à être cassants. Les femmes ont besoins de parler, de mettre des mots sur leurs maux, de se soutenir. Il faut garder cette sincérité des échanges, cela leur permet d’avancer et de réaliser leurs projets. »

Anne Monneau